« 3 juin 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 120-121], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5885, page consultée le 26 janvier 2026.
3 juin [1836], vendredi matin, 10 h. ¼
Bonjour, cher bien-aimé, il y a trop longtemps que je ne t’ai vu. J’ai bien besoin
d’espérer que tu viendras très tôt pour ne pas t’écrire des tristesses sans fin.
Claire est retournée à sa pension ce matin
de très bonne heure. J’ai très peu dormi cette nuit à cause d’un rhume excessif
qu’elle avait et qui la faisait tousser de minute en minute. Au reste, je ne m’en
plains pas, ça m’a permis de passer le temps que j’aurais mis à dormir à t’aimer.
Après l’absence de mon cher bien-aimé, j’espère son retour prochain. Après la pluie
d’hier vient le beau temps aujourd’hui mais après le mal de tête vient le mal de tête.
Je n’en peux plus, vraiment je crois que j’aimerais mieux une véritable indisposition
dont je serais soulagée en quelques jours que cet affreux mal de tête qui m’assomme
et
m’agace depuis si longtemps.
Je vous aime, mon Toto. Je t’aime, mon Victor, que
je sois seule et triste, que je sois avec toi gaie et heureuse, que je sois
souffrante, que je sois bien portante, je t’aime, toujours je t’aime. Oui tu es le
sang de mes veines, le battement de mon cœur, la lumière de mes yeux, l’air de ma
poitrine, la joie de mon âme.
J.
« 3 juin 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 122-123], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5885, page consultée le 26 janvier 2026.
3 juin [1836], vendredi soir, 7 h.
Sept heures, mon cher bien-aimé, et tu n’es pas venu, et je ne t’ai pas vu depuis
hier. Je ne sais même pas si je te verrai ce soir. J’ai le cœur rempli de tristesse
et
mes yeux sont remplis de larmes que je ne pourrai pas longtemps retenir. Quoique je
sache que tu travailles, je ne peux pas m’empêcher d’être inquiète d’une si longue
absence. Je crains qu’il ne te soit arrivé quelque chose, à toi ou aux tiens. Mon
Dieu, dans des jours comme ceux-ci un peu moins d’amour serait à désirer, car plus
on
aime, plus on souffre et je sais que je souffre trop.
Il fait un si vilain temps
que j’espère que tu n’as pas erré dans les rues hier ni aujourd’hui. D’un autre côté
je redoute ton séjour À LA MAISON. Je suis dévorée
d’inquiétude et de jalousie. Si je ne te voyais pas aujourd’hui je ne sais pas comment
je supporterais cela. Je t’aime trop, mon Victor adoré, tu vois bien que je t’aime
trop. Tu devrais désirer que je t’aime moins si tu m’aimes.
J’ai beaucoup
travaillé pour tâcher d’attendre plus patiemment ton retour mais cela n’a servi à
rien, je suis aussi impatientea et aussi tourmentée que
s’il y avait huit jours que je ne t’aie vu. Je t’aime.
J.
a « impatatiente ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
